A l'occasion de la sortie de son dernier roman noir "La survivante des Bardenas", entretien avec Claude Castéran

A l'occasion de la sortie de son dernier roman noir "La survivante des Bardenas", entretien avec Claude Castéran

Fidèle à Gypaète depuis maintenant cinq ans, Claude Castéran signe avec "La survivante des Bardenas", son cinquième roman noir publié à nos côtés. L'auteur nous emmène cette fois-ci de l'autre côté de la frontière pyrénéenne, au cœur du mythique désert espagnol.

Claude Castéran, vous sortez votre 5ème roman noir chez Gypaète, « La survivante des Bardenas ». Ce titre signifie-t-il que vous délaissez cette fois la vallée d’Aspe, si présente dans vos précédents ouvrages ?

Le décor dominant de cette histoire est sans conteste le désert navarrais (et aussi un peu aragonais) des Bardenas Reales, situé à 70 km des Pyrénées et pas encore contaminé par ce qu’on nomme aujourd’hui le « surtourisme ». Pour y avoir randonné, j’ai été frappé, comme chaque visiteur, par les spectaculaires paysages de cette steppe, classée par l’Unesco « Réserve mondiale de biosphère ». Mais je n’ai pas pu m’empêcher de rester près de la vallée d’Aspe, où je réside une partie de l’année, puisqu’une importante séquence de l’intrigue se déroule à Astun, la station de ski aragonaise juste de l’autre côté du col du Somport.

Pourchassée à la fois par un mafieux et par la police, Daphné Walker va aller d’Astun aux Bardenas en autostop…

… et ce qui s’annonçait comme un parcours sans complications va se transformer en une véritable aventure. C’est au cours de cet épisode qu’elle va découvrir qu’elle abrite de mystérieuses forces insoupçonnées. Elle arrive aux Bardenas par hasard, ou par miracle, comme on veut. Là, sa vie va vraiment basculer.

Ce désert (ou plutôt, scientifiquement parlant, semi-désert) est davantage qu’un beau décor ?

C’est un lieu onirique, lunaire qui débride l’imaginaire de chacun, qui invite à s’intéresser aux légendes. Il est connu des passionnés d’ovnis, a inspiré le cinéma comme « Game of Thrones », la célèbre série de fantasy, un genre qui joue, je le rappelle, sur les phénomènes surnaturels imaginaires. Pour leur part, Johnny Hallyday et Eddie Mitchell y ont même tourné le clip assez cocasse d’une chanson au titre bienvenu : « On veut des légendes ». Bref, c’est un endroit véritablement à part.

Votre histoire lorgne donc du côté du fantastique ?

Dans ma vie privée et dans mon ancienne carrière de journaliste, je me suis toujours perçu comme étant très ancré dans le réel. Là, je me suis autorisé « un pas de côté », un moment de liberté. Dépeindre Daphné et ses surprenants pouvoirs, c’est une façon de poétiser mon univers romanesque. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si elle écrit des poèmes… Cherchant à comprendre pourquoi elle a d’étranges visions, elle va aboutir à la conclusion la plus sage qui soit : la vie est pleine de mystères et chercher à les résoudre est vain. « La vie est un mystère qu’il faut vivre et non un problème à résoudre », disait Gandhi.

Autre pilier de l’intrigue, l’amour…

Assoiffée et affamée, Daphné, au bout du rouleau, erre dans le désert comme un fantôme. Un garçon, depuis des hauteurs, la repère et est intrigué… L’histoire suit l’évolution d’une jeune femme, qui a la chance - et la malchance ? - d’être belle, et qui va, au fil de l’intrigue, murir et apprendre à se réconcilier avec elle-même. Cette fiction peut apparaitre comme une charge anti-hommes et il est vrai que certains sont des mufles. Mais pas tous ! Pour finir, c’est plutôt une ode à l’amour. Même l’escroc qui entraine Daphné dans une odyssée pathétique et le tueur à gages, un personnage glaçant, ont, me semble-t-il, droit à une certaine indulgence. Chacun jugera !

Jamais, vous ne dites avoir écrit un polar. Pourquoi ?

On me pose la question à chaque parution ! « Polar » est un mot facile à utiliser, compréhensible par tous et il m’arrive de l’utiliser, par facilité. Mais c’est vrai que je préfère dire que c’est un « roman noir », tout simplement parce que c’est plus précis. Le roman noir permet d’aborder des thèmes sérieux sans trop se prendre au sérieux. Ce genre littéraire donne en quelque sorte le droit de passer du côté de la littérature, tout en respectant les codes du roman d’action. Il reste en tout cas, selon moi, l’une des manières les plus agréables de faire passer la pilule de la laideur humaine.

Vous lisez beaucoup de polars ?

J’aime lire, dont des polars. Récemment, j’ai dévoré les Américains William Irish (1903-1968, auteur de « La sirène du Mississippi ») et James Lee Burke (encore en vie, auteur de la série « Dave Robicheaux »). Géniaux, dans des registres très différents, le premier, sobre, le second, lyrique !

Vos personnages, forcément sombres puisqu’ils évoluent dans des histoires « noires », semblent cette fois plus positifs, à l’image de Daphné. Vrai ou faux ?

Vrai ! Avec l’âge, on gagne en bienveillance. Dès le début de l’histoire, je savais que je devais protéger et aider Daphné. Elle mérite peut-être une partie des problèmes qui la plombent mais, grâce à son courage et son intelligence des situations, elle mérite aussi son bonheur. J’en suis heureux pour elle !

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