En tête à tête avec Lionel De Rafélis

En tête à tête avec Lionel De Rafélis

Auteur passionné, Lionel De Rafélis signe avec Les jumeaux d'Ilbarritz sa première publication au sein de notre maison d'édition. Dans cet entretien, il revient sur son parcours singulier ainsi que sur les coulisses d'un drame familial captivant. Entrez dans l'univers d'une enquête où  la culpabilité et l'histoire locale s'entremêlent.

Même si vous n'en êtes pas à votre premier roman, "Les jumeaux d'Ilbarritz" est votre première publication aux éditions Gypaète, qu'est-ce qui vous a amené de la profession d'administrateur de biens à l'écriture de romans ?

Pour rien, ou plutôt pour tout ! J’ai de tout temps été passionné par la lecture, au point d’être incapable de me séparer d’un bouquin. Ils m’ont suivi au cours de mes cinq déménagements successifs, car je ne me suis jamais résigné à les abandonner, et ma maison est une succession de bibliothèques qui encombrent toutes les chambres et différentes pièces de vie. Après avoir mis fin à ma vie publique dans le Loiret, à l’occasion des élections locales de 2020, j’ai pris ma retraite et j'ai retrouvé mon cher Pays basque que je connaissais bien pour y avoir passé ma jeunesse et l’essentiel de mes vacances à Socoa. Détestant l’inactivité, il me fallait trouver un hobby : c’est tout naturellement que je me suis tourné vers l’écriture. C’est ainsi que sont sortis trois ouvrages, les deux premiers ("Mémoires de Guère" et "Atalaya, Nouvelles, Contes et récits de nulle part et d'ailleurs" parus chez Vérone Editions) consacrés à des récits ou nouvelles, le troisième ("Les jumeaux d'Ilbarritz") constituant mon premier roman.

- Le personnage d'Hector Grillon-Bourdin est un historien conférencier qui partage visiblement votre amour pour le pays basque, où s'arrête la réalité pour laisser place à la fiction ?

Je suis de ceux qui pensent que tous les personnages créés par un auteur, même si ce n’est pas de sa part une intention délibérée, empruntent des aspects de sa personnalité ou de sa vision de la vie. C’est particulièrement vrai dans mon roman, comme vous l’avez parfaitement deviné, en ce qui concerne les traits de caractère que je prête à Hector Grillon-Bourdin.

Il partage avec moi un goût pour l’histoire, il a mené une vie d’élu local qu’il a quittée de son plein gré, son ancrage est campagnard, et il connaît avec l’âge l’épreuve de la maladie.

Concernant son caractère et ses idées, abreuvé aux sources du gaullisme, comme moi, il ne supporte pas les discours populistes des forces nouvelles qui s’affirment de plus en plus dans le paysage politique, il est peu démonstratif et un peu taiseux, et tient en haut lieu la rigueur dans le raisonnement et la minutie dans l’exécution.

Il aime ses proches même s’il conserve une certaine distance avec eux, il est soucieux d’harmonie familiale, même s’il a failli en détruire l’équilibre. 

Comme tout le monde, il cultive donc des comportements paradoxaux.

Bref, il a de nombreuses qualités à mes yeux, dont j’aimerais être pourvu. En fait, il représente pour moi une forme d’idéal que j’aurais aimé atteindre, sans toujours y parvenir !

Les autres personnages ont également des traits de ma personnalité. Serena aime les paysages et les longues marches solitaires, elle est sportive et attache un grand prix à l’amitié, Étienne adore le Pays basque, ses habitants et ses traditions, il est attaché à la terre et à ses animaux. Patxi est tout comme moi féru d’environnement, Hélène et Maïté possèdent les qualités des femmes solides que j’admire…

Au fond, il me semble que les personnages d’un roman sont un peu comme les parures d’un repas qu’on saupoudre plus ou moins d’un sel personnel pour leur donner du goût.

- Votre roman explore la destruction individuelle de l'homme mais aussi le risque d'effondrement de l'équilibre familial avec la révélation d'un secret qui devient plus lourd à dévoiler à mesure que le temps passe...

J’ai toujours pensé que la vie reposait sur des équilibres fragiles, et que les circonstances étaient en grande partie responsables des comportements humains et du cours que prennent les existences. L’exemple des jumeaux est frappant.

Bastien, né d’un père inconnu, élevé par une mère sans grande personnalité et souvent dépassée par les évènements, instable dans ses études et orageux de caractère, choisit très tôt l’émancipation en optant pour l’argent facile que lui permet le commerce de la drogue dans le même temps où ce dernier l’oblige à mentir en permanence pour expliquer l’origine de ses revenus. Ses ennuis sentimentaux avec Serena achèvent de le déstabiliser et le conduisent à commettre l’irréparable et à fuir ses responsabilités en trouvant refuge précaire en Espagne. Il est l’exemple type de l’autodestruction.

Son frère jumeau Patxi, élevé dans un milieu stable où les valeurs du travail et de la famille ont du sens, aidé en conséquence par un entourage affectif stable, aura un tout autre sort et ira se perfectionner dans ce qu’il considère donner du sens à sa vie : la défense de l’environnement.

Deux jumeaux baignant dans un univers différent, voire opposé, ont donc des évolutions totalement dissemblables, ce qui tend à prouver l’impact qu’a sur les individus le milieu dans lequel ils baignent.

- Pourquoi avoir choisi le frère aîné du jumeau pour mener cette enquête et laisser le cadet au second plan ? Est-ce parce que c'est sur le premier que repose la responsabilité de protéger la famille, et pour l'exploration du sentiment de culpabilité ?

Pour les besoins de l’intrigue. D’une part, je voulais éviter l’invraisemblance que deux sosies ne se rencontrent jamais malgré leur présence simultanée dans une même région de dimension somme toute modeste. Le fait que Patxi quitte très vite le Pays basque pour poursuivre ses études au Québec répond à cette préoccupation. Lorsque pendant son jeune âge il faisait ses études secondaires à Saint-Pée-sur-Nivelle, il avait peu de chances de croiser son frère qui ne quittait guère Socoa. Après sa majorité, cela aurait été plus dur à concevoir.

Par ailleurs, il fallait que Patxi ne puisse pas être soupçonné une seule seconde pour que l’enquête se dirige vers l’existence d’un sosie et ce faisant, découvre l’existence de jumeaux. Le fait qu’il soit absent de France et qu’il ne puisse matériellement être présent le jour du meurtre répondait à cet objectif.

Il me semblait enfin judicieux que le besoin d’approfondir l’enquête soit ressenti par une personne adulte, confrontée aux réalités quotidiennes, et ayant un sens aigu des responsabilités. En sa qualité de quasi chef de famille depuis la mort de son père, Étienne paraissait plus taillé pour ce rôle que son frère célibataire qui poursuivait encore ses études.

- La victime est celle par qui le scandale arrive, même si elle n'en est que le déclencheur passif, symboliquement que représente-t-elle ?

Serena est l’exemple typique de la femme moderne, indépendante, sportive, spontanée et fidèle en amitié. Elle est de surcroît très jolie. Elle a donc tout pour plaire, et son rayonnement naturel devrait lui promettre une longue vie pleine de joie et de bonheur.

Mais tout n’est pas si simple. Il suffit que sa route croise un personnage complexe, doté d’un charme indiscutable, mais d’humeur ombrageuse même s’il arrive à la canaliser, pour que son destin, promis à des lendemains radieux, bascule tout d’un coup dans l’horreur.

Elle est le symbole de la fragilité des choses dans une société où le danger rôde en permanence, tant sont grandes les tentations de l’argent facile et des paradis artificiels, tant sont nombreux les marginaux qui y succombent et qui arrivent à masquer leur turpitude sous des dehors charmeurs, tant sont nombreux enfin les déséquilibrés de toutes sortes. Une mauvaise rencontre suffit à rompre le plus prometteur des destins…

La sortie de son roman a également fait l'objet d'une interview et parution dans le journal Sud-Ouest : Lire l'article 

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