En conversation avec Alain Planchon
Dès le départ, on est dans quelque chose de pas banal, il se produit comme une déflagration dans la vie de Xavier. S'y ajoute très vite un mystère : pourquoi le corps retrouvé est-il à demi dévêtu ?
Chaque année apparaissent de nouveaux corps libérés par les glaciers. Ce phénomène, bien que rare, devient plus fréquent avec le réchauffement climatique. Le plus souvent, le traitement médiatique de ces découvertes se borne à quelques lignes dans la presse. Je trouve frappant le côté improbable, extraordinaire de chaque nouvelle découverte qui marque la fin du long séjour du corps d'un défunt dans un grandiose mausolée de glace.
Au-delà de chacune de ces dépouilles il y a une histoire, une famille, c'est ce qui m'a inspiré : l'après découverte, ses retentissements pour les proches du disparu. Ce long saut dans le temps pour ces derniers, parfois plusieurs décennies. Comment ont-ils vécu l'avant ? Comment vivent-ils l'après ?
Oui, c'est quelque chose d'essentiel. Mais l'enseignement n'est que l'un des maillons des chaînes de transmission. Chacun y participe, délibérément ou inconsciemment, en exprimant des valeurs, des idées, des savoir-faire. Des enthousiasmes, des passions. La passion, je pense que c'est quelque chose de très important dans la vie. Quand un enseignant est passionné par ce qu'il enseigne, les élèves le sentent et je pense que cette passion est un peu contagieuse, qu'elle laisse des traces, un état d'esprit tourné vers la découverte, la connaissance.
Non, c'est venu comme une évidence pendant l'écriture : la sœur du disparu, c'est en effet, en quelque sorte, la dépositaire et la gardienne de la mémoire familiale. Par sa parole, de douloureux pans du passé vont s'éclairer aux yeux de Xavier. À travers sa personne subsiste un peu de Daniel, son frère disparu, ce qui renforce l'affection que Xavier éprouve pour elle. Affection partagée par les enfants de Xavier, pour qui elle est comme une seconde grand-mère.
Oui, mon livre est très pictural en effet. Pas seulement à travers les textes du disparu, mais aussi dans les évocations des lieux et des paysages où évolue Xavier. Dans le carnet du disparu, les textes et les dessins se complètent. On découvre à la lecture du roman l'importance de ces croquis : le disparu avait un dessein pour quelques-uns d'entre eux. La trace laissée dans ces carnets est d'autant plus forte pour Xavier qu'elle est doublement parlante, par les mots et par les dessins.
Oui, je pense. Pour Xavier, les textes de son père ont été le déclencheur, mais l'envie d'écrire était en lui depuis longtemps ("J'ai souvent songé à écrire et voilà que tu me donnes la première poussée [...]" Et une simple envie peut devenir un besoin, celui de la création et du partage. L'un ne va pas sans l'autre.
À l'origine de l'acte d'écrire il y a une certaine disposition de l'esprit, je crois qu'on l'a depuis l'enfance. Même si j'ai écrit ce premier roman à, un âge déjà avancé, je pense que, d'une certaine manière, j'ai toujours été auteur à travers ma façon d'appréhender le monde. Un auteur qui n'écrivait pas.